ANA ZULMA

BULLDOZER

Août 2016

Photographies.

Dimensions : 25 x 17 cm.

Mai 2016, le quartier a été rasé dans sa quasi-totalité par les bulldozers. Quelques mois après leur passage, j’emprunte à mon tour la route du bas.

 

Halmatou, une jeune veuve, sans enfant à charge me dit : 

- « On va faire quoi… C’est comme ça ! »

Pour ces Hommes se levant et se couchant avec Dieu,
la fatalité devient une raison d’exister. 

 

Elle arrange son pagne dans ses cheveux et me demande de la photographier.
Je lui propose de poser à l’arrière de son abri : faute de mieux, elle vit sous une bâche noire reposant sur quatre planches de bois assemblées à la manière d’un lit à baldaquin.

 

L’une de ses voisines, Minata, nous rejoint et dit :

- « Même pas 5 francs… ils nous ont donnés. Ils sont venus casser. On n’était pas averti… Les enfants vont à l’école, vraiment… On va faire comment ! »

J’arpente le quartier depuis une année, nul ne peut ignorer les inscriptions préalablement peintes sur chacun des murs à abattre. Elle continue :

- « Moi, je mets un peu, un peu, pour rentrer au Burkina. »

Je l’informe de l’initiative de son consulat : 

- « Tu sais si tu veux rentrer chez toi, en ce moment circule une fiche où tu peux t’inscrire.
Il organise ton retour pour une moindre somme. » 

Elle baisse les yeux. Nous savons toutes deux qu’elle ne souhaite pas retourner dans
son pays. Minata Go a trente sept ans. Elle est sans emploi, lit et écrit difficilement,
a donné vie à sept enfants… 

 

Je photographie sa carte d’identité, à l’arrière plan, on peut deviner le bras de
son plus jeune fils. Il dort sur une natte posée sur l’une des plaques de béton épargnées
par la destruction.

 

Madeleine Dipama, Abdoulaye Kinda, Pakode Ouedraogo, Elelboe Kantiono, Minata Go, Aissiata Sissago, Moui Daniel Silga, Bouakre Sinon,Yabre Minkougnan dit Halidou.

 

Bakani Bakari est le mari de Minata Go, il est gardien chez un particulier. Il espère un jour posséder son propre taxi. Bakani temoigne : « Chaque mois je mets un peu de côté pour nous sortir de là; même si ma grande fille me donne un coup de pouce avec son petit commerce de chaussure, c’est dur! ».

Sa femme ne travaille pas, il est seul à assumer leurs six enfants. Ils sont tous scolarisés dans les environs. Le cadet est en troisième au lycée technique et les deux filles sont au collège.Les deux derniers sont en bas-âge.

Bakani cherche activement, il arpente Anono, les loyers pour 1 chambre salon s’élève à 45 000 Frcs par mois. Les propriétaires exigent 6 mois de loyers d'avance et 3 à 6 mois de caution.
Il me dit : « C’est TROP! Je dois encore économiser quelques mois. En attendant, on est là! ».

 

Noufou Sankara est jardinier, il gagne 100 000 Frcs par mois.
Son employeur lui a prêté 100 000 frcs pour l'aider à emménager dans un autre entrer-coucher. Mais Noufou a encore besoin d’environ 125 000 francs. Sa problématique, comme Bakani et les autres, repose sur les montants des cautions exigés par les propriétaires. Il recherche
un coin à 25 000 francs par mois.
En attendant, il dort sous une table dans les décombres.

Marietou Yabre ne travaille pas. Elle est enceinte de quelques mois, son copain est gardien chez un particulier au II plateaux. Avant, ils louaient un coin à 20 000 par mois. Depuis les loyers

ont tous doublés, il est donc devenu compliqué de trouver un logement dans leur prix. En attendant, ils dorment là où ils peuvent être accueillies.

 

Moussa Kiemtore, vit chez des amis. Il est imam. Il n’a pas de salaire, il compte sur l’argent des fidèles. La mosquée ou il prêchait a été détruite, une mosquée de fortune a été installé dans les décombres. Le jour où je photographie sa carte,  j’ignore que je traverse le lieu de culte avec mes chaussures.

Abseta Barry est arrivée récemment à Abidjan, avec ses enfants, elle est venue rejoindre son mari. Depuis plusieurs années, "il fait la cuisine pour une famille". Abseta a trouvé un travail depuis 6 jours : elle fabrique de l’attieke. Avant, elle travaillait au champs: elle taillait le manioc. Pour l'instant, ils dorment dans un abris de fortune.

Mariam Sore me salut, nous commençons a discuter puis elle tourne les talons. Je reste coi. Je m’interroge sur laquelle de

mes paroles a pu déclencher une réaction aussi vive.

Puis, je la vois réapparaitre derrière le rideau d’une porte. Elle

me fait signe de la rejoindre dans une maison. Elle tient dans ses mains son passeport. Il y a quelques années son patron l’a

renvoyée. Mariam est désormais sans travail. Elle a 9 enfants, seulement 4 vivent en Côte d’Ivoire, les autres habitent au Burkina. Sa fille de 9 ans est scolarisée. Depuis, les déguerpissements, elle vit avec ses enfants chez sa sœur. Elle espère rentrer au Burkina.

Exposition Photos de famille

OFF des Rencontres de Bamako - Villa Soudan - Bamako

02.12.17 - 31.01.18

Kougré Sia dit Eric, travaille dans une pizzeria. Ces enfants sont au Burkina.  Il me dit : « Là ou je trouve, je dors. »

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© Ana Zulma 2018